« Savoir se récompenser pour donner du sens à nos efforts. »
C’est ce à quoi ma psychologue m’a amenée à penser récemment. Que la vie ne peut être faite que de défis à relever. Qu’il faut aussi des moments où l’on se dit : « Je mérite ce bonheur. »
Hier était de ces jours promis au bonheur.
Version A : La journée magnifique
Après une année sans pouvoir chausser les skis de randonnée, j’ai pris le départ pour le col de la Madeleine. L’itinéraire le plus long, parce que je sentais que mon corps en était capable, que nous pouvions faire équipe.
J’ai pris soin de lui. Un petit complément avant le départ. Puis j’ai entamé la montée sous un soleil magnifique, avec l’amour de ma vie.
C’était si beau. Si bon de sentir mon corps en effort sans souffrance. La musique complétait ce plaisir. Je me suis tellement sentie vivante. Tellement. En harmonie avec mon corps et la nature.
J’ai pensé au fait que le soir, nous avions prévu une fondue savoyarde. À plusieurs reprises, je me suis rassurée : le sport de la journée compenserait largement. Même si ce n’était pas la raison qui m’avait convaincue de faire cette sortie.
La journée est passée. Je suis rentrée heureuse de ce moment en famille, avec mon amour.
Version B : L’effondrement
Le repas du soir est arrivé. Les pensées étaient déjà un peu plus présentes.
La voix de la maladie s’est imposée progressivement. J’ai pris une soupe avant la fondue pour en manger moins. Je m’en suis voulu de différer des autres, même si ce n’était qu’en partie.
L’anxiété est montée. J’ai bu pour essayer de faire passer ce sentiment. Sans succès.
J’ai senti que j’allais agacer les autres avec mon malaise visible. Alors j’ai pris du dessert. Pour être « normale ». Pour ne pas déranger. C’était tellement difficile.
Il m’a fallu un bain pour chasser doucement cette tension insoutenable.
Et la nuit fut sans sommeil. Difficile.
Pourquoi la Version B a-t-elle effacé la Version A ?
Les deux versions sont vraies. Elles ont coexisté dans la même journée.
La Version A : la journée magnifique, le corps en harmonie, le plaisir, la vie.
La Version B : l’anxiété, la compensation calculée, la culpabilité, la nuit blanche.
Mais pourquoi la Version B (la maladie) a-t-elle complètement effacé la Version A (la vie) après le repas ?
Parce que la maladie ne peut pas tolérer que j’aie du plaisir sans culpabilité.
Elle m’a laissée profiter du ski. Pourquoi ? Parce que c’était de l’effort. De la dépense. Du contrôle.
Mais le repas ? Ça, c’était intolérable. Parce que c’était du plaisir pur. Du partage. De la nourriture sans « raison », pas pour compenser, pas pour survivre, juste pour vivre.
Et ça, la maladie ne peut pas le supporter.
Alors elle a tout envahi. Elle a transformé un moment de partage en cauchemar. Elle a volé ma nuit. Elle a effacé la joie de la journée.
Ce que je veux retenir :
La Version A (la journée magnifique) EST VRAIE.
J’ai vraiment vécu ce moment. J’ai vraiment senti mon corps en harmonie. J’ai vraiment été heureuse.
Ce n’est pas un mensonge. Ce n’est pas une illusion.
La Version B (l’anxiété, la culpabilité) est aussi vraie.
Mais ce n’est pas la vérité du repas. C’est la vérité de ce que la maladie m’a fait ressentir pendant le repas.
Le repas lui-même n’était pas un problème. J’ai mangé une fondue. En famille. Avec mon compagnon. C’est un repas normal, humain, vivant.
Le problème, c’est la voix de la maladie qui a transformé ce moment en torture.
J’ai vécu une journée magnifique hier.
La maladie a essayé de me la voler. Elle a créé l’anxiété, la culpabilité, la nuit blanche.
Mais elle n’a pas réussi à effacer complètement la joie.
Parce que cette joie, je l’ai vécue. Elle est réelle. Elle est à moi.
Je ne laisserai pas la maladie réécrire l’histoire.

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