Une nouvelle promesse non tenue envers moi-même m’oblige à traiter ce sujet aujourd’hui : ma relation à moi-même. La confiance que je m’accorde. Ou plutôt, que je ne m’accorde pas.
Au retour de quelques jours entre amis, de total lâcher-prise, j’ai voulu faire le choix de me pardonner, de laisser du temps de « digestion » à mon corps et à ma tête. Je me suis alors promis de ne pas me peser pendant 7 jours, de rester axée sur les émotions positives engrangées par ces moments hors de la maladie. Je pensais ce temps nécessaire pour laisser l’anxiété descendre.
Je me sentais capable. Capable de respecter cette promesse et capable de trouver un juste milieu alimentaire : être toujours attentive mais ne pas accentuer la restriction pour rattraper quelque chose qui n’aurait pas à être regagné. J’imaginais prendre soin de moi, ne pas ternir les jours heureux, parvenir à voir cette pause comme un temps de rééquilibrage et non de grossissement.
Une journée aura suffi à briser cette promesse. Mon regard accusateur sur mon reflet dans le miroir, un footing dynamique, une peur immense, incontrôlable, de ne pas savoir me gérer sans la voix de la maladie. Alors j’ai « dealé » : à peine quelques minutes de réflexion m’auront convaincue de monter sur la balance, d’en lire la sanction et d’espérer que ce chiffre me remettrait dans le droit « mauvais » chemin de la maladie.
Gagné.
Coupable d’abord. D’avoir rompu la promesse, d’avoir lu ce chiffre.
Soulagée ensuite. De sentir le contrôle se faufiler en moi, de me sentir à nouveau apaisée. Comme si je revenais dans un cocon familier et sécurisant alors que je sais pertinemment que c’est tout l’inverse.
C’est le paradoxe le plus cruel de cette maladie : ce qui nous détruit nous apaise. Le contrôle, la restriction, les chiffres, tout cela nous donne l’illusion que nous maîtrisons quelque chose. Mais on ne maîtrise rien. On survit juste dans une cage qu’on s’est construite soi-même, en se répétant que c’est plus sûr que dehors.
Alors oui, je me suis sentie mieux après m’être trahie. Parce que trahir la promesse, c’était revenir dans ce que je connais. Et ce que je connais, même si ça me tue, c’est moins terrifiant que l’inconnu.
Je me suis trahie, je me suis encore laissée tomber et pourtant je me suis sentie mieux. Comme si une promesse à moi-même était moins sacrée qu’une promesse faite à quelqu’un d’autre.
Aujourd’hui, je suis incapable de saisir pourquoi ma propre voix compte moins que celle des autres.
À quel moment ai-je commencé à me trahir ? À quel moment ai-je commencé à me trahir pour ne pas décevoir, ne pas déranger, ne pas exister trop fort ?
Cela, je l’identifie : ce matin de l’année de mes 18 ans, quand j’ai lu mon dossier d’adoption et que j’ai pu mettre des mots sur les raisons de mon abandon.
Ce jour-là, j’ai compris que je n’avais pas été assez. Pas assez bien, pas assez aimable, pas assez pour qu’on me garde. Et depuis, je reproduis ce schéma : je me traite comme quelqu’un qui ne mérite pas qu’on tienne parole. Je m’abandonne moi-même avant que les autres ne le fassent.
Mais peut-être que la guérison commence ici. En reconnaissant que cette trahison de moi-même ne vient pas de nulle part. Elle a une histoire. Elle a des racines. Et si je peux la voir, peut-être que je peux aussi la défaire.
Me traiter comme quelqu’un qui compte, voilà le chemin à arpenter ces prochains mois.
La guérison sera de reconstruire une relation avec moi-même. Une relation où je me respecte. Où ma parole compte. Où je ne me trahis pas à la première peur venue.

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