La peur ne disparaitra pas avant que j’initie mes premiers pas pour tourner le dos à la maladie.
J’ai cette sensation que ce premier pas peut contenir tous les échecs possibles. Il est chargé d’un poids énorme. Pas le poids de l’action elle-même mais le poids de tout ce que cet acte signifierait : la confiance, l’espoir, le risque de perdre quelque chose, le risque d’échouer.
Si je me penche sur ce premier pas : qu’est-il vraiment ? Car il n’est pas « guérir » il n’est pas « tout bouleverser », « tout changer ».
Est-il faire confiance ? Manger un peu plus ? Ne pas compenser ? Ecouter mon corps qui réclame ? Accepter d’aller mieux ? Prendre le risque de perdre ?
Il est un mélange de ces définitions mais avant tout une peur intense de faire confiance à mon corps, de lui tendre la main puis d’être trahie, abandonnée. Nous ne sommes plus une équipe depuis si longtemps… Aucun n’a tort, chacun a tourné le dos à l’autre.
Si je faisais ce premier pas, que j’échouais alors l’espoir s’évanouirait. Avec toute la déception et la tristesse que je pourrais lire dans le regard de ceux que j’aime même si je sais, au fond, que ces sentiments seraient les miens, pas les leurs. Mon immobilisme me préserve du risque, encore, toujours et m’enferme finalement, lui aussi dans un échec permanent. C’est une prison rassurante, prévisible, contrôlable.
C’est avant tout moi que je dois convaincre : que je mérite d’aller mieux, que j’ai le droit de tomber et me relever 1000 fois, que la peur ne me rongera pas infiniment.

Laisser un commentaire