Je suis spectatrice de ma propre vie. C’est peut-être la phrase la plus juste que je puisse écrire pour dire où j’en suis.
Je regarde la maladie agir, je la reconnais, je sais que c’est elle qui parle, qui décide. Et pourtant, je ne parviens pas à l’empêcher de prendre le dessus.
Les soignants enfoncent des portes ouvertes. Je sais la réalité. Mais au moment où les bonnes décisions devraient être prises, la voix de la maladie reprend le pouvoir. C’est comme avoir la carte du territoire mais découvrir, au moment de marcher, que mes pas suivent un autre chemin malgré moi.
Il y a deux parties de moi qui coexistent. L’une sait intellectuellement ce qui serait juste, celle qui entend les professionnels et reconnaît qu’ils ont raison. L’autre est plus forte dans l’instant, c’est elle qui décide quand vient le moment d’agir. Cette double conscience m’épuise autant que la maladie elle-même. Je la regarde faire, témoin de mon propre enfermement et j’en subis ses effets : la fatigue, le brouillard mental qui s’installe, l’anxiété qui envahit tout.
Ce qui demande le plus d’énergie en ce moment ? Tout. Les efforts intellectuels, les efforts physiques. Tout m’épuise au point de créer un brouillard dans ma tête. J’ai du mal à penser, à accéder à mes propres idées, à maintenir le moindre espoir face à l’anxiété qui me submerge.
Je vois le piège. Je sais que ce contrôle alimentaire ne mène nulle part, qu’il me vole mon énergie vitale. Cette lucidité est là, claire, nette. Mais elle ne suffit pas. La conscience du problème ne crée pas la solution. C’est comme connaître parfaitement le diagnostic d’une maladie sans avoir accès au remède.
Le combat contre moi-même prend toute la place. Il mobilise chaque once d’énergie que j’ai. Il n’y a plus de place pour rien d’autre. La maladie a tout envahi.
Je voudrais presque être dans le déni. Ce serait plus simple, non ? Ne pas voir, ne pas comprendre. Mais moi je vois. Je comprends. Et ça ne change rien.

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